Le rejet de l’initiative « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants » constitue, à nos yeux, une occasion manquée pour notre pays. En refusant de fixer une limite à la croissance démographique, les électeurs ont choisi de poursuivre une trajectoire qui exerce déjà une pression considérable sur notre territoire, nos infrastructures et notre qualité de vie.
La première conséquence se fera ressentir sur le marché du logement. La Suisse connaît déjà une pénurie chronique de logements dans de nombreuses régions. Avec une population qui continue de croître rapidement, la demande augmentera encore davantage alors que le sol disponible reste limité. Les terrains constructibles deviendront toujours plus rares et plus chers. Cette hausse du prix du foncier se répercutera inévitablement sur les loyers, qui continueront de grimper, mettant sous pression les familles, les jeunes et les retraités.
Cette évolution est également le résultat de choix politiques qui limitent la capacité de la Suisse à maîtriser son développement. En maintenant les accords de libre circulation et en s’adaptant continuellement aux exigences de l’Union européenne, notre pays demeure fortement influencé par des décisions prises à l’étranger. Même sans être membre de l’UE, la Suisse se retrouve souvent contrainte d’en suivre les orientations, notamment en matière de mobilité des personnes. Les citoyens ont ainsi de moins en moins le sentiment de pouvoir décider eux-mêmes du rythme et de l’ampleur de l’immigration.
Il est regrettable de constater qu'en Suisse, nous en sommes arrivés à voter sur des évidences qui relèvent davantage du bon sens que d'un véritable débat politique. Inscrire dans la Constitution le respect, la dignité et la qualité de vie des aînés peut sembler louable, mais ces principes sont déjà garantis à l'ensemble de la population. Pendant que l'on multiplie les déclarations symboliques, les véritables défis auxquels notre pays est confronté – logement, pouvoir d'achat, sécurité ou maîtrise de la croissance démographique – restent souvent sans réponse concrète. Une Constitution devrait fixer les règles fondamentales de l'État, pas devenir un catalogue de bonnes intentions.